Du plaisir au dégoût des outils digitaux, le regard de ceux qui tentent de limiter leurs usages ou qui y ont renoncé
Mis à jour le 25 janvier 2013
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Communication dans un colloque international avec actes (C-ACTI)

GOBERT T. (2012). "Du plaisir au dégoût des outils digitaux, le regard de ceux qui tentent de limiter leurs usages ou qui y ont renoncé". Actes du colloque: Colloque Ludovia, Ax-les-Thermes, 27-30 août 2012.

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Publication des actes sur Culture Numérique.


Le thème du plaisir est de plus en plus convoqué comme ancrage théorique pour expliciter, au moins partiellement, l’engouement collectif pour l’usage des TIC. Le développement des interfaces, considéré comme un vecteur majeur ayant permis de cet engouement, semble effectivement apporter, à chaque étape de son histoire, une manière nouvelle d’éprouver de la satisfaction. Ainsi, la disparition des lignes de commande a réduit les efforts de mémorisation, l’apparition de la souris a induit une conversion cognito-kinésique, la présence de fenêtres multiples a renforcé le sentiment de contrôle, l’adjonction du multimédia a fait de l’ordinateur une console de jeu voire un écran de spectacle. Enfin, l’évolution récente vers des fonctionnalités de hubs sociaux a stimulé une dimension relationnelle qui étend sans commune mesure la dimension de la sphère de préhension socio-individuelle. A priori, placé de telle manière au centre du dispositif, l’utilisateur n’a jamais éprouvé autant de plaisir à employer des objets techniques, une sensation qui le conduit parfois jusqu’à l’addiction.

Pourtant, une frange de plus en plus importante de la population semble abandonner quelques unes des applications les plus utilisées, emboitant avec un certain décalage l’attitude de ceux qui ont toujours résisté. Déjà en mai 2000, alors que la commercialisation de l’Internet en France atteignait son millionième abonné à Wanadoo, une part marginale de la population manifestait son désaccord avec ce qu’allait induire l’omniprésence des réseaux et la nécessité d’apprendre à se servir d’un terminal (Gobert, 2000, p. 151), même si Internet était « l’avenir »1. Cela concernait principalement les tranches d’âge élevées. Aujourd’hui, des jeunes, des étudiants et des quadras « renoncent » à Facebook et consorts. Cela « ne sert à rien », « ce n’est jamais que du voyeurisme » et « mettre sa vie sur Internet » n’est pas forcément utile. Le choix des termes « résisté » et « renoncé » n’est pas neutre. Il signe l’effort qu’il faut accomplir pour parvenir à ne pas succomber à une inclination de consommation des produits digitaux malgré leurs sollicitations et la battage médiatique.

C’est pourquoi il peut être intéressant de questionner les ancrages théoriques traitant du plaisir, non pas seulement au regard de ceux qui emploient ces outils, mais aussi de ceux qui ont choisi (car il s’agit d’un choix) de ne pas utiliser certains applicatifs massivement présents dans les pratiques et les usages. Il en résulte un écart social qui semble nécessiter de se justifier vis-à-vis des autres… tout en affirmant qu’aune justification n’est nécessaire. Les arguments retenus sont le plus souvent présentés sous la forme d’un raisonnement, comme si le renoncement au plaisir immédiat donné par l’utilisation des TIC devait se convertir en une réflexion qui relèverait d’un ordre plus élevé que celui de la sensation. Simultanément, l’entourage traite ce type d’attitude comme un choix personnel et ne semble pas le juger, ou fort peu. S’opposer à quelque chose, provoque également une satisfaction personnelle, mais relevant d’un registre différent.

Nous avons donc recherché des sujets ayant résisté ou renoncé, partiellement ou en totalité, aux satisfactions que procurent les outils digitaux pour écouter leurs motivations quand elles sont identifiées. Après avoir rappelé le concept de plaisir et son périmètre d’application dans le domaine des technologies, nous aborderons le choix méthodologique de l’enquête qualitative. La dimension qualitative fournit un corpus exploitable de manière approfondie sur l’imbrication des champs de représentation conscientisés. Elle repose en outre sur une expérience forte d’animation d’ateliers par le chercheur. Les résultats mettent en lumière une préoccupation sociale liée à la limitation de l’usage des dispositifs à contrebalancer avec le plaisir qu’il y aurait à rechercher « d’autres plaisirs » plus authentiques et adaptés à chaque personnalité.


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